Non pas Léo, nan.  

Léo, arrête de mettre des turbans, et de danser comme si t’avais 3 ans. Tu gigotes, tu t’agites, on dirait un cosaque saoul, t’es tatoué d’la tête au pied.  

Tu t’crois magique, tu t’crois unique ? Ben, regarde autour de toi : tous ceux qui se trémoussent t’imitent,  ‘puis quand  ils beuglent « BAAAAAMMMMBOOOUUULLLéééééééé » on leur voit que les dents.  

Vraiment Léo, tu crois qu’en buvant d’la bière à trois francs tu vas triper autant qu’y a 5 ans ? Comme  à l’époque, sur les champs de l’Asse, où tu bouffais la grass en digérant un  buvard Hoffman où éléphant ?  

Non sans déc, Léo.   

Les années passent, mais finalement : de guerre lasse tu avales des bonbecs  croates, tu te niques les gencives et dans 4 ans, t’auras plus qu’les incisives pour sourire aux enfants.  

Ah Léo, j’veux pas rabattre ta joie, mais tu pues tellement que tu défriches l’herbe de l’Asse, t’as d’la paille dans les cheveux, ton odeur fait mourir les vieux, ça s’rait p’têt’e le moment d’aller t’laver dans le Léman ?   

Chais pas moi, j’dis ça comme ça, mais, l’camping ça va un moment ; ‘pis comme dit Nic : « l’hygiène c’est important ». Alors mon gars, va t’acheter du déo et puis une brosse à dent.  

J’sais qu’c’est toute ta jeunesse, mais bordel : t’as bientôt 37 ans; et soit-dit en passant, les  meufs que t’emballent, elles ont des tronches des zombies vivants… bon, c’est vrai k’pour dormir sous ta tente, mieux vaut préférer une mort lente.  

Alors Léo quand t’arrives, chuis navrée, mais on s’met dans l’sens du vent, on s’évite les relents de bouse et de Cardinale. Désolée, mais tu comprends ?  

Tu diras qu’on est des gosses de riches, mais au fond, nous, nos binches, on s’les paye en bossant ; alors tu vois Léo, tes théories de gourous indien qui n’ont jamais quitté le pays Romand, j’te l’dis carrément : j’me les fous au cul sans passer par le start…   

Bon, j’dis pas ça méchamment…C’est juste que d’temps en temps, tu me déprimes avec tes jugements sur le monde, sur moi, sur les gens.

On dirait qu’tas tout vu en prenant le chemin d’fer pour Trélex… faut dire qu’à part la dope tu voyages pas souvent, sauf quand t’as bu, là, tu t’envoles lourdement : tu survoles les prairies, les routes du pays, tu planes sur ton Asse, tu te décrasses de ta vie, tu oublies ce que tu aurais pu devenir si t’avais moins fais le con, et à la fin de la nuit, calmement tu reviens sur Nyon.  

Pas Léo, non Pas Léo.